Au commencement, il détourne en zone publique des images de bandes dessinées « façon pop'art », qu'il complète de phrases décalées ou de questions ouvertes. Après avoir écumé les ?riches commerciales du centre historique, il décide d'u1iliser les panneaux d'affichage libre en 2008, et d'affûter ses messages textuels.
Bon nombre de Mulhousiens ont pu lire ses « Keske tu fé ? Keske tu veux ? », ou « D'où tu viens ? Où tu vas ? » au détour d'un carrefour Ce type de diffusion est particulièrement fragile. «Plus le collage est éphémère, plus l'impact de la phrase doit être fort explique l'artiste. Et pour les fôtes, c'est kdo !», s'amuse-t-il.
Le 8 mars. dernier il marque la célébration de la journée internationale de la femme avec huit panneaux où l'on pouvait lire, en huit langues: «Ecoute ta femme!›› Une campagne rapidement recouverte par celle des Régionales. Qu'à cela ne tienne, sur une friche commerciale de l'avenue Aristide-Briand, il recouvert un affichage politique (sauvage) du mot « POUVOIR », l'oeuvre est toujours visible à ce jour.Raphaëlle est en troisième année de design textile. Elle travaille autour du limage du circuit imprimé électronique pour habiller le vêtement : « En voyant mon projet de fin d'étude, Pierre m'a suggéré d'investir la façade de l'école avec mon graphisme, je n'aurai jamais pensé le transposer ainsi. »
Il en est de même pour les cachemires de Léa ou les monstres de Florinda. « je n'aurais jamais osé m'afficher ainsi, en grand et surtout en dehors de l'école », confie cette dernière.
Isabelle, elle, détourne le sens des illustrations jeunesse pour mettre en avant le côté érotique de la chose. Sa mise en espace du lettrage sera visible dans les toilettes : « Comment ça se met ce machin ? », en rose pour les filles et « Comment ça se retire ce bidule ? », en bleu chez les garçons. Des extraits tirés de leur contexte, entre subversion et convention.
Pour sa part, Pierre Fraenkel a fait réaliser par des élèves un mot/texte de 45 m de long, sans espace et sans accent. Ce matin dès 1'aube, le long de l'Ill, au pied du quai des Pêcheurs, Pierre s'est transformé en Alsachérie pour afficher son papier peint où l'on peut lire : « ESTCEQUETUPEUXLEMPECHER ?]ESAISPAS,MAISJESUISLAPOURTEDEFENDRE. » Car si les œuvres des élèves restent à l'intérieur de l'enceinte du Quai, celles d'Alsachérie vivent dans la rue. Une générosité accessible à tous, plus qu'un besoin de créer, un mode de vie.
Dom Poirier
Y ALLER Tranche de Quai #12,
Ecole Le Quai, quai des Pêcheurs
Pierre Fraenkel est un plasticien polymorphe : street artist (sous pseudo) à ses heures, il explore souvent, dans sa peinture, un univers post-pop largement inspiré du manga et des icônes d'une société de consommation adulescente. Sa série "Asia" ressemble ainsi à un alignement de créatures sexy (kawaii, un terme japonais signifiant "mignon", serait plus adéquat), mais sous la surface lisse et glacée du glycérol, on sent sourdre un érotisme violent et moite. les girls sont là, lascives et offertes à notre regard et à tous nos sens. Rien de commun avec les Apparitions très virginales qu'il expose à Sélestat... Au premier abord, en tout cas. Reste qu'au verso, sur le châssis des toiles où s'epanouissent ses diablotines, l'artiste cloue des médailles saintes. Des esprits protecteurs ? Pour lui, « la religion est un référent permanent. Il s'agit d'une des dernières zones où se déploient le merveilleux et l'imaginaire dans une société matérialiste » explique-t-il, pas prosélyte - il n'est pas même baptisé -ni cynique. Pour lui, l'imaginaire catholique, celui dans lequel il a baigné, sert simplement à installer une distance avec le réel.
Avec ses collages - posés à même les murs - de tallies variées (pièces immenses, feuilles A3, mais aussi petites images encadrées) présentés à Sélestat, il « poursuit un travail entamé dans la rue ». Silhouettes « incongrues et désuètes, placées là pour surprendre et questionner le passant ». Après avoir constaté que les apparitions mariales « avaient principalement lieu en temps de crise, qu 'elle soit religieuse ou plus globale », Pierre Fraenkel avait en effet décidé d'interroger ses contemporains. Dans une période de catastrophisme (écologique et économique). ne nous reste-t-il plus qu'à prier ? « On se sent tout petit. Impuissant. Alors, de manière un brin ironique, j'ai eu envie de demander ça a tout le monde » explique-t-il. logique finalement que toutes ces apparitions se retrouvent dans une chapelle qui n'est aujourd'hui plus dédiée au culte... Elles (en fait des amies de l'artiste "recrutées" sur Facebook) nous regardent. Elles sont vendeuses, étudiantes, banquières. On ne sait pas (lui sait). Elles sont charmantes et non dénuées d'un certain érotisme, celui des madones sulpiciennes. Elles nous renvoient a nos interrogations intimes sur ce que Pierre Fraenkel nomme « l'hyper-reel, c'est-à-dire la réalité amplifiée et concentrée par les médias ». Elles sont salutaires. Et si on priait...
Texte: Hervé lévy - Poly 126-Mai/Juin09
-> A Sélestat, à la Chapelle Saint-Quirin,
du
6 au 17 mai (vernissage samedi 9 à 18h30)
03 88 58 85 75 - www.selestat.fr
16 madones aux murs de Saint-Quirin
Pierre Fraenkel se définit comme un artiste plasticien touche-à-tout. A Mulhouse, où il travaille, il est connu en particulier pour ses collages sur les murs de la ville. Des peintures sur nappe en papier. Notamment des personnages de bandes dessinées qu'il fait parler de la situation du moment. A l'invitation de l'Office de la culture de Sélestat, Fraenkel expose un ensemble d'« Apparitions », sous le titre « Ne nous reste-t-il plus qu'à prier ?».
Seize portraits grand format, deux mètres sur 1,40 m, de jeunes femmes aux mains jointes et le regard tourné vers le ciel. Des « prieuses » qui ont en commun d'être âgée de la trentaine et de présenter un air éthéré. Pas de casting pour les modèles, seulement des femmes comme tout le monde, des connaissances, ou connaissances de connaissances de l'artiste.
« Il y a environ un an et demi on a commencé à beaucoup parler de la fonte des glaces, du réchauffement climatique; j'ai ressenti un profond sentiment de frustration, un certain malaise en me demandant ce qu'on pouvait faire pour changer. Mais tout s'accélère et rien ne s'arrange. Avec humour et ironie, je me suis dit: il ne nous reste plus qu'à prier. Alors que je suis parfaitement athée ».
C'est alors que l'artiste demande a une amie de poser, les mains jointes et colle ce portrait dans la rue. la première prieuses venait de voir le jour. les aurres l'ont rejointe pour l'exposition de Sélestat Une petite prouesse en soi, que de coller à la colle de tapissier à quatre mètres du sol ces portraits constitués chacun de 25 feuilles de format A3.
« 400 feuilles au total a coller, ce n'est pas rien », sourit Pierre Fraenkel.
Jean-louis Vuillequez
Aux galeries, il préfère s'inviter inopinément dans la rue. C'est de cette manière que Pierre Fraenkel s'est fait remarquer vers l'an 2000, comme cet inconnu qui s'appropriait les murs mulhousiens en souffrance pour en faire son terrain d'expression, en y collant ses images. Il a fait du chemin, réalisé officiellement des fresques, des vitrines, expose en galeries, voire au sein d'expositions collectives à Madrid, Rio de Janeiro ou Turin, mais Pierre Fraenkel reste tel qu'en lui-même. A la lisière d'un anonymat propice aux élans spontanés et profondément urbains.
A 36 ans, ce garçon ayant grandi à Gap avant d'arriver, ado encore, à Mulhouse, confie avoir été «mauvais élève». «Heureusement, il y a eu les écoles d'art.» Celle de Nancy d'abord, puis de Besançon et enfin Paris où il développera son style à l'ombre de ses «pères», les "classiques" dont il regarde les ceuvres avec respect et admiration. Ce grand insatiable a dû en passer des heures à la National Gallery de londres où il vécut un an avant son retour à Mulhouse... le style de Pierre Fraenkel? Qu'il soit au crayon ou à la peinture, il se caractérise par un dessin, un graphisme pur entre Roy lichtenstein et un mangaka européen, expressif et sobre. «J'aime la simplicité et l'efficacité», résume-t-il. En témoignent ses affichettes sauvages, ses ombres et silhouettes placées ici ou là dans des environnements dont il propose soudainement une nouvelle lecture.
Exactement ce qui a séduit le Forum des Jeunes qui l'a donc invité à la table de son KKO Festival, avec une carte blanche au quartier des Etangs. Epaulé par les services techniques de la Ville, Pierre Fraenkel a decidé d'y coller deux gigantesques photographies: «tout a commencé le jour où j'ai ramassé par hasard un négatif dans la rue. Il s'agissait de photos d'enfants... je trouvais ca triste de les voir abandonnées comme cela.» Il les développe et les colle sur un mur de Mulhouse: ce qui se passe est suffisamment fort pour l'inciter à poursuivre dans cette voie. Pas question pour lui d'appuyer un message, juste veut-il montrer des visages et des gens. Faire parler en allant confronter sa démarche artistique au regard du passant.
Et ça marche. Il suffit de voir les nez qui se lèvent devant ces deux grandes portraits de 56 m2 collées sur les facades de deux immeubles des Etangs. Deux photos d'enfants en noir et blanc y sourient, probablement prises dans les fameuses cabines automatiques durant les annees 1970; Pierre Fraenkel les a récupérées dans un de ces marchés aux puces où il aime chiner. Entre avenir et, passé, ces photos sont quelconques et très personnelles tout a la fois, de celles que tout un chacun a dû faire. «On ne sait pas qui sait et finalement peu importe, c'est un peu tout le monde», observe Victor, 17 ans, de passage dans le quartier. «les façades sont moins vides, moins tristes», constate Cyrielle, 16 ans. «Oui, cela pourrait être plus répandu dans la ville». Pour Eric, 45 ans, habitant l'un des immeubles, c'est simplement «magnifique! ça change la vue, ça donne de la vie!».
Nicolas lehr
KKO Festival du 15 au 19 avril à Altkirch.
Renseignements au 0389083603 ou www.kkofestival.com.
Inauguration du KKO Festival aujourd'hui mercredi a 18h30, a la Halle-au-Blé, suivie à 20h30 d'une projection au cinéma Palace lumière.
Sorti des Beaux Arts de Paris Cergy il y a 9 ans, Pierre Fraenkel a également fait les Beaux Arts de Nancy et Besancon. Son truc, c'est de faire ce qu'il veut. Il n'aime pas qu'on lui dicte son travail, c'est pourquoi il a commencé a exposer dans la rue, a l'utiliser comme support.
L'artiste travaille à partir de photos de personnes. Cela peut être des photos d'identité, ou de vieilles photos qu'il trouve dans des marchés aux puces ou chez Emmaüs. Il les appelle les « documents orphelins.» Il sou-haite recupérer des photos anonymes, afin de les afficher pour ses expositions. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas la personne, c'est le document. « lorsqu'on prend des indigènes en photo, ils pensent qu'on leur vole leur ame. Je trouve que les photos reflètent un peu cela, l'âme des gens, leur personnalité. Et j'aime ça », explique-t-il. Il y a quelques mois, Alexandre Papaemmanuel l'a contacté. Il recherchait des artistes qui correspondaient au thème de cette année pour le KKO festival: « Entrer dans l'Histoire. » Au départ, Pierre Fraenkel voulait afficher des photos d'enfants du quartier où se trouve l'exposition, c'est-à-dire au quartier des Etangs. Mais cela risquait d'être un peu compliqué, il a donc choisi d'afficher les photos de deux gamins, trouvés a un marché aux puces de la region.
les photos d'identité ont été installées sur les murs du quartier des Etangs.«l'Histoire est faite d'événements connus, tout le monde veut y entrer, devenir célèbre », explique Pierre. «Mon opération a été de faire rentier dans l'Histoire (du quartier) des inconnus. On m'a dit lors de l'accrochage, que mon exposition allait créer des liens. les gens du quartier vont en discuter, se poser des questions sur mon travail alors qu'ils ne se parlent pas forcément en général. Cela va sûrement créer des rencontres et des discussions, des histoires.»
Une des photos exposées est celle d'un petit garcon. On y voit une main sur la droite, un élément qui nous montre qu'il se passe quelque chose, et le gamin qui sourit. C'est pour cela que l'artiste a choisi cette photo d'identité. «les photos d'identités, ce sont les photos officielles de ce que nous sommes. On les trimballe partout, sur notre permis, notre carte d'identité. Elles sont notre histoire propre. Ce que je voulais, c'était remettre ces photos d'identité dans le contexte du quartier. J'interviens dans l'espace urbain anonymement.»
Une phrase d'Alexandre Papaemmanuel, risible dans le programme du KKO festival, a beaucoup plu a Pierre. Pour lui, elle resume tout son travail: «Avec le réel, sur le réel, et dans le réel.»
L'artiste est très reconnaissant aux organisateurs et aux personnes qui l'ont entouré pendant cette aventure. « Tous ont été très sympas. Il y a une ouverture à l'image du travail que j'ai fourni. La ville d'Altkirch et tous les organisateurs m'ont permis d'avoir l'opportunité de faire tout ça. C'est quelque chose que je souhaitais faire, et ils me l'ont apporté. J'ai été jugé par mon travail, et cela, j'apprécie énormement»
Camilla Antoni
Renseignements
Pierre Fraenkel possède un site Internet:
www.alsacherie.free.fr.
On trouve ses prochaines expositions
à Strasbourg, à la galerie
« inside », et à Sélestat.
Pour la Saint-Valentin, rien de tel qu'un vrai baiser d'amour. Et qui s'affiche sans contrainte. Pour Pierre Fraenkel, artiste plasticien, c'était évident. Il a donc choisi d'investir, avec amour, les panneaux d'affichages libres de la ville de Mulhouse. Soit 15 panneaux dans différents quartiers (au centre-ville par exemple dans la Grand Rue,au parking Sainte Marie, place des Cordiers, mais aussi caserne Lefèbvre ... ) avec des photos de couples s'embrassant.
Plusieurs couples ont accepté d'être les complices de l'artiste et on peut les rencontrer ces jours-ci aux quatre coins de la ville. Mais de façon éphémère, car les photos noir et blanc de leurs baisers, aussi belles soient-elles vont un jour prochain être recouvertes par d'autres affiches ou autres modes d'expression. Mais au moins, pour le jour de la Saint-Valentin, l'amour s'est affiché partout. Gratuitement, simplement, voluptueusement.
Pour voir le travail de Pierre Fraenkel : alsacherie.free.fr.
Photo : DNA-Cathy Kohler
Baisers de la Saint-Valentin, sur les panneaux d'expression libre de Mulhouse.
La Saint-Valentin, c'est la fête de l'amour, et pour l'artiste mulhousien Pierre Fraenkel, «l'amour c'est le baiser», D'où l'idée d'utiliser les panneaux d'affichage libre pour placarder des photographies d'une dizaine de couples qui ont accepté de livrer aux habitants de Mulhouse quelques' instants furtifs de leur intimité.
«Deux êtres qui s'embrassent, c'est quand même un acte universel. À la Saint-Valentin, ce qu'il y a de sous-jacent, c'est l'attente d'une preuve d'amour.» Le plasticien veut susciter une émotion chez les couples qui sont représentés comme ceux qui vont découvrir ses portraits dans les mes de la ville: me de Belfort, place des Cordiers, sur le parking Sainte- Marie ou celuis du Moenchsberg...
Place du Printemps, l'objectif se fixe sur un amour fragile entre deux êtres éloignés par la distance. «Ça peut provoquer une étincelle », espère l'artiste.
Au quartier Fonderie, une image floue d'un baiser fugace du matin avant de se rendre au travail. Et dans la me de Sausheim, un cliché de Pierre avec sa compagne en pleine étreinte romantique.
Pour le plasticien, l'espace public est une galerie d'art pour «l'image sans but lucratif». «Cette série, je la conçois comme une exposition photo sur l'amour. L'idée est de donner à voir autre chose que de la publicité ou des messages politiques qui soulèvent des problèmes de société ou de morale. La Saint-Valentin, c'est quelque chose de ludique », rappelle Pierre Fraenkel, qui n'en est pas à son coup d'essai en matière de virée artistique urbaine.
Pour celle-ci, l'afficheur s'est inspiré du célèbre générique télé de l'émission Cinéma de minuit, dans lequel on voyait des couples de stars du grand écran échanger des regards langoureux. Mais avec le baiser en plus et «beaucoup moins de glam», estime-t-il.
«Je voulais écarter la mise en scène des photographes professionnels. Le résultat est bien plus réaliste avec ces photos prises par les couples eux-mêmes. »
Il laisse le soin aux associations, partis politiques, particuliers, de recouvrir ces scènes romantiques avec leurs affiches aux messages bien plus terre à terre. Sauront-ils y résister ?
Mourad Khoualed
Écrire tout haut ce que d'autres pensent tout bas. Quitte à ce que cela ne soit qu'éphémère. Quitte à être re(/dé)couvert... C'est ce que fait Pierre Fraenkel, alias Alsa. L'artiste mulhousien participe samedi à Strasbourg à la journée « Rue libre » ; il arpentait le week-end dernier celles de Mulhouse.
C'est un art éphémère, destiné à être recouvert. Certains survivent quelques jours, d'autres une poignée d'heures à peine... Rue de Brunstatt, place des Cordiers, parking Sainte-Marie, rue de Belfort, Alsa pose dans tout Mulhouse «faux» et affiches façon pop art, sur des panneaux destinés en théorie aux associations à but non lucratif -mais plus usités, dans la pratique, pour y coller publicités et propagande politique ou religieuse.
« Mais où est passé notre avenir?»
«Ces endroits-là sont faits pour afficher des opinions. Pourtant, je n'ai jamais vu personne placarder la sienne. Moi, ce que je sens, c'est qu'autour de moi, les gens ont une vie difficile, qu'ils ont des choses à dire», explique Alsa. Alors, il se fait volontiers, via quelque personnage de dessin animé revenu des douces années 80, le porte-parole tour à tour cynique ou désabusé d'une France de l'an 2008 coincée entre la «crise de la thune» et ses rêves évaporés.
«Mais où est passé notre avenir?», s'interroge l'un. «Avec un peu de chance, on verra peut-être la fin du monde», conjecture l'autre, «je vais continuer à me battre!», positive le troisième. Peints à la main, détourés au marqueur, les personnages d'Alsa prennent vie dans son atelier avant de sortir au grand jour.
Depuis qu'il investit la rue -sa première expérience date de 2000-, il a ironisé - «Jésus guérit... sans facture et sans diplôme»-, fait des faux -notamment un pseudo Ben qui lui a valu une réaction de l'artiste-, travaillé sur des poèmes de Guillevic, revisité Goldorak... «Ce qui m'excite, c'est d'utiliser réellement cette idée d'affichage libre, même si c'est éphémère à fond! Les gens m'écrivent; ils sont plutôt contents que quelqu'un dise tout haut ce qu'ils pensent tout bas. »
Samedi prochain, Alsa participera à Strasbourg à la journée «Rue libre» à l'invitation d'autres artistes. «Je suivrai l'itinéraire des troupes avec mes affiches. J'aimerais aussi faire des choses à Colmar et Sélestat», explique celui qui avoue être un peu déçu par ces années 2000 qu'il fantasmait peuplées de soucoupes volantes et de constructions futuristes. «Résultat? Rien! A peine le téléphone portable et Internet... mais ce n'est pas la panacée. Et en plus, qu'est-ce qu'on galère!»
Face à cet état de fait, deux solutions : baisser les bras ou s'exprimer. Entre les deux, Alsa a choisi.
Valérie Walch
Pour plus d'informations et pour découvrir d'autres œuvres : www.alsacherie.free.fr
S'affranchissant des formats, Pierre Fraenkel passe de la toile à l'affiche, de l'acrylique à l'encre, des galeries à la rue. Et s'exporte fort bien hors de nos frontières...
Débarqué à Mulhouse de sa Haute Savoie natale à la fin de l'adolescence, Pierre Fraenkel commence par faire le tour... des lycées : Montaigne, rue du Fil - mécanicien, ça le branche moyen -Schweitzer. Son bac en poche, il entre aux Beaux Arts. Cinq années d'études : trois à Nancy, une à Besançon, les deux dernières à Cergy-Pontoise... Impossible de tenir en place. Son envie de « voir autre chose » le mène à Londres. Shocking : il y découvre que la peinture n'est pas morte !
« C'est là-bas que j'ai compris que la peinture, en dehors de la France, a toujours été vivante, raconte-t-il. Je venais de passer cinq ans dans des écoles où, Duchamp canonisé, on avait tué la peinture ». Lui qui dessinait depuis tout petit avait fini par opter pour la vidéo...
Anne SCHURRER
Voilà une affiche qui en a laissé plus d'un perplexe. Et donné lieu aux supputations les plus délirantes. Collée sur un panneau du parking Sainte-Marie, elle a même attiré l'attention des renseignements généraux, c'est dire ! Renseignement pris, mais par nos services, il s'agit d'un nouveau clin d'oeil d'Alsa, artiste mulhousien qui pratique l'affichage libre et le pied de nez. En affirmant haut et fort que Mulhouse est la capitale de la France, Alsa prend le contre-pied du désamour de nombreux Mulhousiens pour leur ville.
Darek Szuster
Des ombres familière, silhouettes sombres sorties de notre imaginaire collectif, sont affichées dans les rues : voilà comment se présente le versant street de l'art d'Alsa que nous avons suivi dans une de ses "opérations collage".
Il a 35 ans. Savoyard, il vit à Mulhouse et a fait les Beaux-Arts de Cergy-Pontoise. Sa profession / peintre. N'en disons pas plus. Alsa est venu au street art en 2002 : « Le but est d'éprouver mon travail, de le montrer au plus grand nombre. Pour moi, la rue est une immense galerie »... une démarche de recherche picturale assez éloigné du monde hip-hop : « Il ne s'agit pas de marquer un territoire, mais de faire vivre ma peinture. C'est comme une exposition avec son accrochage et son décrochage. Là, il y a collage et décollage ! » Ses expérimentations ont connu plusieurs périodes...
1. « Une simple "transposition" de mes tableaux »
2. « Une juxtaposition de feuille A3 formant un immense motif* : un jour, en allant à l'atelier, j'ai trouvé un vieux négatif par terre représentant deux gamins. Jeté ? Perdu ? Il m'est aparu important de lui redonner vie en l'agrandissant, puis en l'affichant. J'ai continué, chinant des images et montrant à tous ces petits bouts d'histoires anonymes »
3. « Poursuivant ainsi, j'ai utilisé mes archives photo, affichant des sujets bibliques... hum... réactualisés et porteurs d'une certaine charge érotique »
4. « La série des Saintes : des photographies d'amies prises en priant... Tout est venu du sentiment de catastrophisme ambiant et de cette interrogation : ne nous reste-t-il plus qu'à implorer Dieu ? »
5. L'Armée des Ombres : quelque 60 membres aujourd'hui. Champ de manoeuvre : Strasbourg et Mulhouse, principalement, mais aussi Bâle, Nancy, Paris... Soldats : Goldorak, Sailor Moon, Capitaine Caverne, Freddy Krueger, les Schtroumpfs ... « Je me sers de lieux communs de ma génération et les affiche sur les murs, sous forme d'ombres chinoises ». Une nappe en papier, un modèle, une silhouette esquissée et peinte en noir à l'acrylique, puis découpé. Un "art warrior" sort des limbes. La démarche d'Alsa s'apparente à celle d'artistes comme Banksy ou Blek le rat (même si, eux, graffent) mais mâtinée d'une culture post-pop qu'il adore : comment ne pas penser à Errò ou Lichtenstein ? Des influences également perceptibles dans sa peinture. Il choisit les lieux avec soin, garages abandonnés, murs sans âme, vitrines semblant à jamais condamnées, ponts situés dans des "non-lieux" urbains, etc. : « Mon but est de ne jamais emmerder le monde, de ne pas dégrader, de ne pas salir. Le plus important ? Le motif et le spot où il est placé doivent interagir... Il est aussi primordial qu'il y ait pas mal de passage pour que l'ombre soit le plus vue ». Mais, au juste, pour quelle cause se bat son armée ? « J'essaie juste de résister à l'uniformisation croissante des villes et de mettre l'art devant les yeux de tous ». Et ça marche puisque ses oeuvres sont rarement dégradées : « Un jour, sur un pont de Mulhouse, les agents municipaux ont effacé tous les tags... mais ont laissé mes silhouettes ».
6. « Je commence à passer, de plus en plus, à la couleur, essayant de pousser la technique le plus loin possible ». Bientôt, sur vos murs, des pin-up kitsch et colorées pleines de sens. Alsa, c'est vraiment pas du flanc !
* Son record est un immense collage regroupant 170 feuilles A3
Texte Hervé Lévy
Visuel Maxime Stange
Exposition à Mulhouse, à Foundation, 28 B rue des Franciscains
(03 89 66 06 89 – www.foundation-piercing.fr) du 16 octobre au 16 décembre, où Alsa compte bien saturer tout l'espace de ses silhouettes noires – http://alsacherie.free.fr
Poly 121 – Septembre Octobre 2008
Depuis quelques mois, le plasticien Pierre Fraenkel tapisse des murs mulhousiens d’images étonnantes. Une histoire qui a commencé simplement, dans la rue du Manège où il possède un atelier.
« Il y a eu un petit déclic, raconte Pierre Fraenkel. Quand je suis venu ici pour travailler dans mon atelier, j’ai trouvé un vieux négatif par terre dans la rue, quartier Porte du Miroir, pas loin du quai. C’était le portrait de deux gamins. Le premier acte, c’était de faire remonter à la surface un souvenir… »
Février dernier, après avoir reproduit le négatif, agrandi chaque parcelle de l’image sur plusieurs feuilles A3 (30 fragments), Pierre Fraenkel colle ce souvenir venu d’ailleurs en bordure du quai des Cigognes, devant l’école des beaux-arts. La nuit, à l’abri des regards.
L’impact est immédiat. Des gens qui se promènent ralentissent à la hauteur de l’image, regardent, intrigués. Intrigués et contents. Pierre Fraenkel a pu s’en rendre compte lorsqu’il a opéré au « nettoyage ». « Quand j’arrachais les images, je me faisais engueuler par les passants… »
« Les gens ne sont pas habitués à voir de telles choses dans le paysage urbain. Beaucoup ont cru que c’était une opération de la mairie… Jusqu’à présent, j’ai fait ces différents collages incognito…»
Ce qui intéresse Pierre Fraenkel, au-delà de la curiosité qu’il suscite, ce sont les réactions humaines qu’engendre l’acte artistique. Des personnes qui ont pris connaissance des vieilles photos de famille, communions, souvenirs de classe au collège Lambert, des images sépia qui racontent le temps d’autrefois. Attention, il n’y a aucune sorte de nostalgie là-dedans. Pierre Fraenkel reproduit aussi des photos contemporaines. Ce qui conduit son geste, c’est la rencontre. Un négatif ramassé dans une rue mulhousienne, d’autres achetés aux puces ou donnés par des amis. Des petites bribes d’histoires humaines semées dans la ville pour offrir autre chose aux regards qui passent. Chacun l’accueille avec sa propre sensibilité.
« Je suis bien tombé là-dedans… Ça me permet de sortir de l’atelier, d’aller dans la rue. J’ai envie de continuer… »
Pierre Fraenkel a affiché ses images ailleurs, au Noumatrouff, sur le parapet du pont derrière les beaux-arts, dans d’autres villes aussi.
Frédérique Meichler (source : journal l'Alsace du 18 juillet 2007)
L'afficheur du quai, c'était lui. Le plasticien Pierre Fraenkel multiplie depuis quelques mois les collages de photos anciennes dans la ville. Et le public semble apprécier...
Depuis cet hiver, Mulhouse est devenu le théâtre d'un curieux phénomène. Des bribes de souvenirs apparaissent sur les murs, Mulhouse est devenu le théâtre d’un curieux phénomène. Des bribes de souvenirs apparaissent sur les murs : une vieille photo de classe du lycée Lambert, un fier conscrit arborant un calot à pompon, des communiantes d’avant-guerre … Bref, toute une série de visages qui semblent d’abord de parfaits inconnus, avant qu’on ne s’avise qu’il pourrait tout aussi bien s’agir d’un de nos parents oubliés.
Tout a commencé il y a six mois, lorsque Pierre Fraenkel ramasse par hasard sur le trottoir un vieux négatif : deux gamins posant sur un pont. Pour ce plasticien installé à Mulhouse depuis sept ans, c’est le déclic. Dans les marchés aux puces, il se met à acheter des séries de vieilles photos : « C’est toujours bizarre : j’ai l’impression que les gens vendent leurs souvenirs. »
Pour sa première installation, il choisit le mur situé en contrebas du quai des Pêcheurs. L’endroit est propre et bien visible. « Ce qui me motive, c’est d’être vu du public. Je voulais proposer ces photos aux gens, reprend-il. Et j’ai aussi la satisfaction de choisir mon lieu et mon temps d’exposition. » Un imprimeur lui fournit des reproductions géantes de chaque cliché, découpées en feuilles A3 qu’il s’agit d’assembler comme un puzzle. Nuit après nuit, l’artiste ajoute ainsi de nouvelles photos.
Et cet album à ciel ouvert ne laisse pas les habitants du quartier indifférents. Sur le pont où Pierre Fraenkel traine incognito, nombreux sont les passants à engager la discussion. « Je voyais que les souvenirs que j’avais récupérés étaient prétexte à évoquer les leurs », raconte le plasticien. Un ancien militaire s’interroge sur l’uniforme du soldat, des retraités essayent de deviner dans quel établissement a été prise la photo de classe… Pierre Fraenkel, qui dévoile le pot aux roses à un passant, reçoit même de ce dernier un nouveau cliché.
Depuis, le plasticien a investi d’autres lieux. Il a recouvert d’un immense collage le mur qui barre le pont condamné entre le quai des Pêcheurs et celui des Cigognes. Devenues comme transparentes, les briques laissent apparaître les rails qui rappellent la vocation industrielle de l’ouvrage tandis qu’une jeune fille flotte en son centre, comme un passeur vers une autre époque.
Même s’il colle ses affiches dans une relative discrétion, Pierre Fraenkel se défend de faire de l’affichage sauvage. Il décolle lui-même ses œuvres dès que les dégâts deviennent irrémédiables. Lorsqu’il avait retiré sa série du quai des Pêcheurs, au bout de trois mois, les passants avaient d’ailleurs protesté… Et si plus aucune de ses installations n’est visible aujourd’hui dans les rues de Mulhouse, son site internet (alsacherie.free.fr) en conserve les traces. Il est d’ailleurs possible de l’y contacter pour lui proposer des photographies…
Jean-Michel Lahire (source : DNA n° 146 du samedi 23 juin 2007)
Pierre Fraenkel, plasticien professionnel, ancien élève de l'école des Beaux-arts, dirige un atelier à Mulhouse depuis quatre ans. Il a une attirance pour les fresques et a notamment réalisé celles du Noumatrouff et de la librairie Alsatia.
En travaillant sur du papier de machine de carbone bleu, l'artiste a eu récemment une idée: pourquoi ne pas humaniser les places de parkings pour handicapés en y figurant des visages ?
Le magasin Atlas de Kingersheim a été sensible à ce projet et a passé commande au peintre pour la réalisation de trois aires de stationnement.
Pierre s'est mis à l'ouvrage hier dimanche et a également été chargé de mettre en place les plaques routières verticales réglementées. Les visages peints en blanc sur fond bleu sont expressifs, attirent le regard et le résultat est étonnant!
Outre l'aspect artistique, l'opération a aussi pour but de sensibiliser le public quant au respect du stationnement sur ces emplacements réservés aux handicapés.
Il est très possible que cette expérience, apparemment unique dans la région, fasse des émules.
Si la météo le permet, Pierre Fraenkel sera encore présent mardi 1er novembre.
Pierre Fraenkel donne un nouveau visage aux places de parking pour les personnes handicapés. Trois places arborent déjà de grands visages blancs sur fond bleu (les couleurs du logo habituel de ces places) devant le magasin Atlas au Kaligone. « J'étais agacé par le peu de respect dont font preuve les gens parfois, commente ce jeune Mulhousien de 32 ans. Mon but était de sensibiliser les habitants au respect des autres et d'humaniser les places réservées aux personnes handicapées. » D'où l'idée de décliner ces grands visages, visibles de loin, ceux des personnes de son quotidien.
Ce plasticien n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà laissé sa marque sur la fresque du Noumatrouff et sur les volets de la librairie Alsatia à Mulhouse. Une démarche avant tout urbaine. "Je veux mettre la peinture au service et au contact des habitants, au sein de l'espace public", ajoute Pierre Fraenkel. Gageons que sa dernière initiative ne manquera pas de séduire d'autres magasins et collectivités.